À l’époque où j’étais vice-président d’Entrepreneuriat Québec, j’étais inconfortable lorsque des connaissances de ma région natale me confiaient vouloir démarrer en affaires et fondaient beaucoup d’espoir dans le programme de Lancement d’une entreprise, car l’offre locale était selon moi inadéquate à ce moment.

Je souhaitais faire bouger les choses positivement. Les négociations avec le centre de formation s’éternisant, j’ai décidé d’opter pour une stratégie différente afin de pouvoir clore définitivement le dossier, que ce soit par une volonté de changement ou par un refus, pour pouvoir passer à un autre projet.

J’ai donc approché un individu influent de la région qui avait la même vision que moi et qui souhaitait aussi que la situation change.

Il m’a aidé à créer des occasions afin que je puisse « brasser » un peu le regroupement unissant les chambres de commerce du secteur.

Et je suis tombé dans le piège de ma personnalité…

J’ai expliqué aux administrateurs, de façon peu élogieuse, l’écart entre leur situation actuelle et celle de l’ensemble du Québec, et en particulier des territoires avoisinants. Bref, selon moi, la qualité du service offert était bien en deçà de celle à laquelle la région avait droit. Des changements étaient nécessaires afin d’aider le développement économique de ce coin du Québec.

Le directeur du centre de formation professionnelle de cette région m’a ensuite contacté pour que je puisse le rencontrer afin de clarifier la situation, car il n’avait pas apprécié les propos qui lui avaient été rapportés. Ce qui était tout à fait normal.

Vous comprendrez que la discussion fut assez brève, se terminant par les échanges suivants :

Moi : … La job d’un directeur de centre de formation professionnelle est de s’assurer d’offrir les formations de façon adéquate, et de prendre les décisions difficiles concernant les ressources en place. Au lieu de ça, même en étant conscient de tous ces éléments, vous laissez aller les choses et ça cause du tort à l’écosystème entrepreneurial de la MRC.

Directeur  : Je ne crois pas être en mesure de t’offrir un emploi dans ces conditions…

Moi : De quoi parles-tu ? Je ne cherche pas d’emploi, je suis en processus de « prendre ma retraite » et de m’occuper à temps plein de mes entreprises.

Directeur : En parlant de ça, je n’ai pas de conseil à te donner, mais tu n’es quand même pas Pierre-Karl Péladeau. On m’a dit que ça n’impressionne personne lorsque tu parles de tes entreprises…

Et vlan.

J’ai appris quelques éléments intéressants de cette situation que j’aimerais partager avec vous :

Premièrement, j’avais sous-estimé les réseaux de contacts du directeur et de la personne responsable du programme dans cette région. Malgré les nombreuses lacunes (et surtout en raison de celle-ci), les membres influents de leurs réseaux appréciaient leur collaboration au point de sacrifier la qualité du service offert. J’ai donc prêché devant un groupe dont 80 % des membres avaient des liens étroits avec eux, lorsque je me suis adressé aux chambres de commerce. Je n’étais donc pas assez préparé et il me manquait des informations cruciales pour intervenir adéquatement. Avoir fait mes devoirs, je n’aurais pas perdu mon temps à y aller.

Deuxièmement, le directeur du centre de formation n’avait pas fait de ce dossier une priorité et il laissait le temps faire les choses. Sa retraite était imminente, il laisserait son successeur s’en occuper… éventuellement.

Et finalement, on m’avait utilisé AVEC mon consentement, car l’individu que j’avais initialement approché pour brasser les cartes avait lui aussi ses motivations dans cette histoire…

Il m’arrive encore d’être considéré comme « dangereux » ou persona non grataen raison de cet événement dont j’avais mal évalué les répercussions. Mes interventions sont mieux planifiées et préparées depuis ce temps.

On fait tous des conneries et on doit apprendre de celles-ci ; sinon, on est des idiots.

Et vous, vous a-t-on déjà utilisé dans un contexte d’affaires, avec ou sans votre consentement ?