En 2007, j’ai participé à une activité organisée par la Chambre de commerce de Bellechasse lors de laquelle le conférencier était un économiste régional. Il nous a expliqué à ce moment que les 15 prochaines années seraient charnières pour les PME québécoises, notamment en ce qui a trait aux problèmes de rareté de main d’œuvre et par ricochet, au manque flagrant de releveurs d’entreprises potentiels.

Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis ?

Malgré les diverses initiatives des organisations de développement économique et des gouvernements, nous sommes, depuis quelque temps déjà, au cœur de cette problématique qui favorise la victimisation aiguë de certains entrepreneurs qui auraient tout avantage à d’abord se regarder dans le miroir… parce qu’ils n’ont pas su se préparer adéquatement ni travailler pour faire autrement.

On appelle ça se préparer pour la tempête.

N’est-ce pas la responsabilité de l’entrepreneur d’effectuer des changements à son modèle d’affaires en fonction des défis auxquels fait face son entreprise afin d’en assurer la pérennité ?

Ça fait 15 ans que l’on parle des problèmes de relève d’entreprise au Québec.

Si ça vous frappe actuellement, c’est que vous vous êtes probablement mis la tête dans le sable un peu trop longtemps.

Bâtir une entreprise prend une stratégie, un plan, de l’exécution et de la persévérance afin de se positionner adéquatement dans son marché. Cependant, c’est loin d’être suffisant. Même pour ceux qui pensent avoir réussi.

La majorité des entrepreneurs à succès savent très bien que l’on doit préparer sortie alors que les affaires connaissent une croissance soutenue  et surtout être en mesure de vendre son entreprise lorsqu’elle n’est pas à vendre.

Je ne cesse de répéter à mes clients que l’on a tous notre prix. Vous devriez connaître le vôtre.

Cependant, la majorité des entrepreneurs que je connais sont malheureusement très réactifs dans la gestion de leurs affaires et n’ont pas encore prévu de stratégie de sortie.

« Prévu quoi ? »

Une stratégie de sortie.

Il est impératif de planifier notre retrait éventuel de nos affaires afin d’éviter de faire comme beaucoup de propriétaires de PME que j’ai rencontrés : ils attendent d’être au bout du rouleau et cherchent désespérément un releveur afin de poursuivre les activités de leur entreprise.

Au lieu de maximiser la valeur de leur entreprise, ces entrepreneurs essoufflés sabotent eux-mêmes la valeur de celle-ci en la laissant parfois dépérir. Ils réduisent ainsi les heures d’ouverture, diminuent l’achalandage, servent moins de clients ou diminuent le nombre de contrats, freinent leur croissance, etc.

Tout ce qui ne grandit pas stagne et s’atrophie, n’est-ce pas ?

Une stratégie de sortie, c’est prévoir différents scénarios possibles pour éviter de n’avoir aucune solution de relève au moment voulu. Il faut donc préparer notre sortie plusieurs années à l’avance.

Ne vous méprenez pas. Un entrepreneur a selon moi la responsabilité d’amener son entreprise le plus loin possible en fonction de ses talents, de ses compétences et de ses motivations.

Cependant, lorsque j’investis du temps et de l’argent dans une entreprise, j’évalue mes options de retrait dès le départ.

Les options possibles sont habituellement le rachat des parts par un autre associé, par des employés, des concurrents, des clients, des fournisseurs ou des partenaires.

Il faut dresser la liste des acquéreurs potentiels et évaluer les raisons qui guideraient leurs choix, parce qu’ils ont tous des motivations différentes en fonction de leur situation.

Par exemple, un concurrent pourrait vous acheter afin de profiter de votre technologie ou encore pour mieux camper sa position sur le marché, tandis qu’un fournisseur y verrait l’occasion de développer un canal de vente directe avec des clients en contrôlant un intermédiaire. Des employés pourraient s’unir pour ainsi stabiliser leurs emplois tout en touchant la plus-value de leurs efforts, alors qu’un associé pourrait accroître son pouvoir décisionnel.

Une fois cet exercice fait, vous pourrez commencer à effectuer des démarches et faire germer tranquillement des graines pour augmenter vos chances de vivre un dénouement heureux de vos affaires.

Une stratégie de sortie est un processus, alors travaillez sur la vôtre avant qu’il ne soit trop tard.

Évitez de mettre tous vos œufs dans le même panier pour vous retrouver finalement le bec à l’eau. C’est vrai autant pour une entreprise avec un produit qu’une entreprise de services.

Quelle est votre stratégie de sortie ?