La plupart des entrepreneurs croient que leur entreprise a besoin de changer.
Ils cherchent une nouvelle stratégie, un nouveau marché, un nouveau produit, un nouvel employé clé ou un nouvel outil technologique. Ils investissent dans des systèmes, optimisent leurs processus et tentent de trouver la prochaine opportunité qui leur permettra de franchir un cap.
Parfois, c’est effectivement ce dont l’entreprise a besoin, mais après près de quinze ans à accompagner des milliers d’entrepreneurs, j’ai observé une réalité beaucoup moins confortable.
Dans bien des cas, ce n’est pas l’entreprise qui ralentit la croissance : c’est l’entrepreneur lui-même.
Avec le temps, nous devenons tous prisonniers de nos succès passés. Nous développons des réflexes qui nous ont permis de gagner. Nous nous attachons à des façons de faire qui ont déjà produit des résultats. Nous continuons parfois à prendre des décisions adaptées à une entreprise qui n’existe plus.
Pendant ce temps :
- Le marché évolue.
- Les clients évoluent.
- Les employés évoluent.
- Les technologies évoluent.
- Les concurrents évoluent.
… mais l’entrepreneur conserve souvent les mêmes repères.
La plupart des entrepreneurs savent que leur entreprise doit changer. Beaucoup moins réalisent que l’entreprise ne dépassera jamais durablement le niveau d’évolution de son dirigeant. C’est le principe de Peter appliqué au monde des affaires.
J’ai vu des entrepreneurs passer de 2 à 20 employés sans difficulté, puis frapper un mur à 25 parce qu’ils continuaient à vouloir tout contrôler.
J’ai discuté avec des dirigeants dont les entreprises ont perdu plusieurs années de croissance non pas par manque d’opportunités, mais parce qu’ils refusaient eux-mêmes d’abandonner une recette qui avait pourtant déjà fonctionné.
J’ai été témoin d’organisations solides devenir vulnérables simplement parce qu’elles n’avaient pas compris que les règles du jeu avaient changé… définitivement
C’est souvent à ce moment-là que l’entreprise commence à plafonner.
Chaque phase de développement exige pourtant une nouvelle version de l’entrepreneur.
L’entrepreneur qui démarre son entreprise n’est pas celui qui la structure. Celui qui la structure n’est pas celui qui délègue. Celui qui délègue n’est pas celui qui dirige une équipe de gestion. Celui qui dirige une équipe de gestion n’est pas celui qui prépare une acquisition, une relève ou une vente d’entreprise.
À chaque étape, certaines forces deviennent des limites, certaines habitudes deviennent des freins et des certitudes deviennent des risques.
La véritable mutation entrepreneuriale ne consiste donc pas uniquement à transformer son entreprise, elle consiste à transformer sa propre façon de penser, de décider, de diriger et d’agir.
Je le constate également dans mon propre parcours entrepreneurial.
Depuis mes débuts, j’ai dû muter à plusieurs reprises. J’ai accompagné des entrepreneurs, dirigé différentes entreprises, développé de nouvelles expertises, écrit des livres, animé des conférences et récemment acquis une nouvelle entreprise.
À chaque transition, j’ai dû remettre en question des croyances, abandonner certaines habitudes et développer de nouvelles compétences.
Aucune croissance importante ne s’est produite dans le confort. Aucune.
Toutes ont exigé une forme de mutation, tôt ou tard.
C’est précisément pour cette raison que les entrepreneurs les plus performants cherchent volontairement à être challengés continuellement par des personnes plus fortes qu’eux. Non pas parce qu’ils sont faibles, mais parce qu’ils comprennent qu’il est impossible d’avoir une vision parfaitement objective lorsqu’on est plongé dans son quotidien.
Les entrepreneurs à succès :
- recherchent des conversations qui les confrontent,
- veulent que quelqu’un remette en question leurs hypothèses,
- souhaitent identifier leurs angles morts avant qu’ils ne deviennent des problèmes,
- savent qu’une bonne réflexion stratégique peut parfois avoir davantage d’impact que plusieurs mois d’efforts supplémentaires.
La croissance durable repose rarement sur davantage d’efforts. Elle repose généralement sur davantage de lucidité et de clarté.
Parce qu’au fond, vous ne voyez pas votre entreprise telle qu’elle est, vous la voyez telle que vous êtes.
Mise en garde : lorsque l’entrepreneur cesse d’évoluer, l’entreprise finit presque toujours par ralentir à son tour.
L’été représente d’ailleurs un moment particulièrement propice pour effectuer ce type de réflexion.
Le rythme ralentit légèrement. L’urgence laisse un peu plus de place à l’importance. L’automne se dessine à l’horizon… eh oui, déjà!
C’est souvent le moment idéal pour prendre du recul, revoir sa trajectoire, remettre en question certaines certitudes et s’assurer que l’entreprise sera réellement prête pour les prochaines années.
Les organisations qui traversent les périodes d’incertitude avec succès ne sont pas nécessairement les plus grosses, les plus riches ou les plus anciennes, ce sont celles dont les dirigeants acceptent de se remettre en question avant que les changements les y obligent.
»Vaut mieux prendre le changement pas la main, avant qu’il ne vous prenne par la gorge » comme le disait Winston Churchill.
La question n’est donc pas de savoir si votre entreprise devra muter, parce qu’elle doit le faire.
La véritable question est plutôt celle-ci : êtes-vous en train de devenir l’entrepreneur que votre prochaine phase d’évolution exige?
Si cette question vous fait réfléchir, c’est peut-être le bon moment pour prendre du recul, faire le point et obtenir un regard externe capable de mettre en lumière vos angles morts, vos opportunités et les prochaines mutations nécessaires à votre croissance. (Eh oui, c’est une de mes spécialités d’accompagnement stratégique).
Les prochaines années ne récompenseront pas les entreprises les plus occupées, elles récompenseront les entreprises les plus adaptables.
Rappelez-vous que, derrière chaque entreprise capable de muter, il y a d’abord un entrepreneur qui a accepté de le faire.





